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Archives de « juin 2012 »

par Virginie

TO BE OR NOT TO BE (ON PINTEREST) pour une collectivité ?

11 h 07 min dans Actualités, Stratégie par Virginie

p style= »text-align: left; »>Pinterest, le dernier réseau social à la mode ? Depuis quelques mois, les articles en français se multiplient sur l’intérêt d’aller sur Pinterest pour une entreprise ou une marque. Aujourd’hui, les territoires investissent progressivement la place, notamment dans le tourisme. Mais quelles sont leurs pratiques ? Y a-t-il vraiment un intérêt pour une collectivité à communiquer sur Pinterest ?


1. Qu’est-ce que PINTEREST ?

Pinterest est un réseau social s’inspirant du principe du tableau de liège sur lequel vous pouvez « épingler » (« to pin » dans la langue de Shakespeare) des photos ou des vidéos (qui deviennent donc des « pins »). Vous organisez ces visuels selon des tableaux thématiques, les « boards ». Vos boards sont en accès libre et partageables, et vous pouvez republier des visuels d’autres personnes (= »repin »). Vous avez également la possibilité de commenter les publications et de les « aimer » à la Facebook.

Aujourd’hui, Pinterest est le 3ème réseau social aux USA derrière Twitter et Facebook, et il connaît un succès croissant en Europe. Pinterest aujourd’hui c’est 11,7 millions d’utilisateurs dans le monde, 104,4 millions de visiteurs mensuels, avec une moyenne de 405 minutes par mois passées sur le site (soit autant que sur Facebook) – 14,2 minutes par visite. Qui sont les « épingleurs » ? Ce sont principalement des femmes (près de 70% !), même si cela tend à s’équilibrer. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas forcément de geeks, le réseau social étant en réalité très intuitif, avec une interface simple.

2.    Quels usages des collectivités sur PINTEREST?

En tant que réseau social centré sur l’image, Pinterest est par nature tout indiqué pour mettre en scène le territoire et ses atouts, d’où son utilisation assez diffusée dans le domaine du tourisme. Il est d’ailleurs à noter que la thématique « Voyages » fait partie du top 10 des contenus les plus épinglés.

Les collectivités présentes sur Pinterest l’utilisent principalement pour publier des photos de paysages et de patrimoine, mais aussi des affiches et des photos des événements passés ou à venir ou encore, plus rarement, des photos des infrastructures du territoire (ex : la bibliothèque de Paray-le-Monial).

Qui sont les collectivités françaises présentes sur Pinterest aujourd’hui ?
D’après mon recensement (fin juin 2012), elles sont très peu nombreuses et le chiffre n’a guère augmenté depuis le premier article sur le sujet: 4 villes, 2 départements, 2 Régions (je n’ai pas trouvé trace de ministères).

Quelques usages intéressants ou à creuser

•    La revue de presse numérique
La ville de Louviers met ainsi en valeur les articles et reportages TV sur le territoire. Ce peut être particulièrement intéressant en marketing territorial, lorsqu’un territoire cherche à communiquer sur sa bonne place dans un classement d’attractivité des villes.

•    Une seconde vie pour les outils de communication publique
Pinterest est tout indiqué pour prolonger les campagnes de blackjack en ligne communication en les rendant consultables sans limite de temps. Ainsi, l’OT de la Manche met en valeur ses outils corporate (« la marque Manche »), mais aussi sa campagne « la Manche de Julie », ou encore ses vidéos.  On peut aussi imaginer, à l’exemple de Louviers, de valoriser son magazine territorial en publiant les Unes passées. Paray-le-Monial renvoie de son côté vers ses outils numériques (site web et réseaux sociaux).

•  Le storytelling / les portraits
A l’heure où l’on tend à mettre en valeur les agents de la collectivité, il serait ainsi aisé d’utiliser Pinterest pour publier une série de portraits. Dans l’idée du marketing via les personnalités, on peut aussi noter l’exemple de la Haute-Normandie qui présente une série de portraits de célébrités issues de la région.

Valorisation des compétences de la collectivité
Aller au-delà de la simple « vitrine » du territoire peut être une piste intéressante à exploiter. Ainsi, la Haute-Normandie a choisi de valoriser plusieurs de ses compétences : board jeunesse / formation (photos de lycées promotion d’un dispositif  d’aide aux étudiants) ; ou encore board sports / culture (équipes de sports collectif affiche « la Région soutient »).

•    Opérations de marketing viral
Pourquoi ne pas imaginer, à l’instar de marques comme Peugeot par exemple, un concours incitant les internautes à publier des photos sur une thématique donnée dans un de vos boards, avec à la clé, un séjour sur votre territoire ?

Quelques conseils en vrac

•    Ne pas adopter un ton trop institutionnel ni rester trop centré sur son territoire ou pire, l’information officielle de la collectivité (bon exemple : Louviers et son board consacré à l’Eure)

•    Comme pour tout réseau social, construire une vraie ligne éditoriale, même très simple, mais permettant de savoir quel contenu publier en fonction de ses objectifs.

•    Soigner la description du visuel lors de la publication car cela jouera notamment au niveau du référencement – voir à cet égard le bon exemple de la Lorraine.

•    Préciser qu’il s’agit d’un « compte officiel ». Il est en effet possible que des comptes « fake », bien ou mal intentionnés, usurpent l’identité de votre collectivité.  Ainsi, http://pinterest.com/sbailly/grand-rouen/ n’est pas le compte de l’agglomération de Rouen mais celui du site « ami » grand-rouen.com (partenaire de rue89), comme le notait Karine Toussaint début avril.

•    Ne pas seulement publier du contenu auto-produit mais contribuer à se créer une communauté en republiant et commentant des pins d’autres internautes

3.    TO BE… ?

En résumé, quel intérêt une collectivité peut-elle trouver à communiquer sur Pinterest ?

Premièrement, le réseau social propose une expérience visuelle, ce qui est assez novateur en matière de communication publique, et répond à une tendance de fond : le développement de la communication par l’image (cf. multiplication des infographies ou des réseaux sociaux de partage de photos). Mais là où le bât peut blesser, c’est dans la la culture de l’image dans les collectivités, parfois limitée : mieux vaut ne pas aller sur Pinterest si c’est pour poster des visuels de qualité douteuse…

Au-delà d’avoir un temps d’avance (et donc de vous démarquer), créer votre compte sur Pinterest peut vous permettre de montrer votre collectivité sous un autre angle, plus « sensible » qu’officiel. En effet, avec le pouvoir émotionnel de l’image, Pinterest permet d’ »humaniser » la collectivité, parfois perçue comme distante, et se rapproche ainsi du rôle de storytelling que les nouvelles timelines Facebook peuvent jouer.  On pourra regarder l’ exemple de la ville de Louviers qui dispose d’un board « on aime, tout simplement » ou encore le ton assez décalé de la Lorraine dans ses actualités.

D’un point de vue plus technique, Pinterest vous permettra également de générer du lien vers votre site web et de maximiser les interactions avec votre compte Twitter et/ou Facebook. Le réseau social étant gratuit, cela ne vous coûtera donc « que » du temps passé à veiller et animer votre compte.

4.    …OR NOT TO BE ?

A l’heure actuelle, les freins principaux à l’ouverture d’un compte Pinterest pour une collectivité me semble être de deux ordres : le premier lié au réseau social en lui-même, et le second au « retour sur investissement » limité aujourd’hui en France.

Tout d’abord, il faut noter des limites intrinsèques à ce réseau social : sentiment d’être submergé par les images, options de présentations somme toute assez limitées, pas de modération des commentaires, multiplication de réseaux concurrents…

Un problème d’importance est le faible engagement des « Pinterest-ers » : au mieux des « J’aime » et des « repins », mais très peu de vraies conversations créées.  Pourtant, certains tentent de développer cette dimension sociale, à l’instar de Louviers, qui incite à participer sur son compte : « Partagez ici tout ce qui fait Louviers : émotions, passions, lieux, rencontres, événements… Louviers bouge avec vous ! « 

Pour finir, notons que Pinterest a connu sa première baisse de fréquentation aux USA, et qu’il peine à pénétrer en Europe, et notamment en France où il ne rassemble aujourd’hui que…0,1 % des internautes ! Toutefois, le réseau social est encore à même d’innover, de s’améliorer, tout comme il peut très bien disparaître aussi vite qu’il est devenu célèbre…

Alors ?

En conclusion, je ferai une réponse de normand et dirai que ce n’est ni inutile ni impératif pour une collectivité d’être présente sur Pinterest. Il me semble intéressant d’attendre un peu, pour l’instant, de voir comment évolue le « marché » français ; ce qui n’empêche pas de commencer à apprivoiser ce réseau social dès maintenant et à y repérer des pratiques de communication territoriale intéressante.

Annexe : les territoires sur Pinterest

Les collectivités

Les offices de tourisme

___

Un petit mot sur le « petit dernier ». La ville de Toulouse a également ouvert son compte Pinterest, qui vient compléter un dispositif web 2.0 déjà bien fourni !

par Franck

Eric Legale : « Dialoguer avec Toto, cela m’intéressait de moins en moins »

15 h 10 min dans Voir & lire par Franck

Tous les mois, je publierai ici quelques belles feuilles du Dossier d’Expert « Blogs territoriaux, réseaux sociaux et nouveaux enjeux du web 2.0 pour les collectivités locales », paru l’an dernier aux Editions Territorial. Pour ouvrir le bal et entrer dans le vif du sujet du web 2.0, retrouvez aujourd’hui cette entrevue passionnante avec Eric Legale, directeur d’Issy Média et organisateur du World e-gov forum. Autour de la démocratie en ligne, le dircom d’André Santini, explique comment les réseaux sociaux permettent « d’humaniser » le dialogue virtuel et, pour la première fois de sa carrière, lui ont permis de toucher la cible jeunes.


Franck Confino : Alors, est-ce que le blog est mort ?

Eric Legale : Je pense que le blog, tel qu’on l’a vu depuis les cinq dernières années, est mort, en effet, parce que les réseaux sociaux aujourd’hui ont supplanté cet outil comme moyen de communication naturel des gens. Je ne parle pas des journalistes, blogueurs, des intellos, etc., mais vraiment des gens. Je trouve l’avis de Fred Cavazza très pertinent : aujourd’hui, ça ne sert plus à rien d’utiliser le blog comme un outil d’information immédiat, instantané, parce qu’il y a Twitter, Facebook et tous les réseaux sociaux pour cela. En revanche, sur le blog, on peut publier des articles de fond, de réflexion et c’est en cela qu’il reste pertinent.

On peut publier des articles de fond, de réflexion et c’est en cela qu’il reste pertinent

F.C. : Le blog n’est plus « un carnet de notes » comme il servait de fonction à ses débuts ?

E.L. : Sur le blog du forum de l’e-démocratie, vous avez peut-être remarqué que je réagissais à contre-temps par rapport aux événements. Il est très rare que je fasse un article à chaud, d’actualité brûlante, parce que je considère que c’est le travail des journalistes. Pour ma part, je voulais avoir le temps de la réflexion. Exemple avec l’article sur l’effet Twitter sur l’Iran. Si j’avais spontanément publié cet article-là, j’aurais dit « Twitter, c’est génial, parce qu’il a déclenché la révolution en Iran » ; comme on peut légitimement d’ailleurs le penser, parce que c’est vrai qu’il a été un déclencheur extraordinaire. Mais la réalité est quand même un peu différente, et pour le comprendre, il faut prendre du recul. Donc, c’est dans ce sens-là que les blogs continueront à vivre : comme des articles, enfin comme des gens qui font des articles et plus des « billets », « posts » ou « notes ». Et c’est vrai que je le vois aussi pour les blogs personnels : les familles ne viennent plus sur les blogs parce que les gens sont tous sur Facebook maintenant, avec des photos, des vidéos et des actualités de la vie quotidienne. Donc, maintenant, je suis obligé, même dans ma vie privée, d’avoir une stratégie de marketing, c’est-à-dire de mettre sur Facebook une photo en disant « lisez la suite sur le blog », pour les obliger à aller sur le blog. (Rires)

On peut parler de lien humain à travers les réseaux sociaux Internet en ligne

F.C. : Le réseau social aurait ainsi vocation à s’intégrer au blog pour qu’ils deviennent indissociés et que l’on puisse commenter l’un avec l’identité numérique de l’autre ?

E.L. : Le meilleur exemple, c’est quand même Versac, qui aujourd’hui s’exprime avec son nom de famille, son état civil. Je crois beaucoup à cela. Pour moi, très sincèrement, les réseaux sociaux, et notamment Facebook, ont été aussi révolutionnaires en termes d’impact sur notre manière de penser et d’agir que le début de l’Internet. Et je l’ai vraiment ressenti ainsi dès le début. Je sais qu’il y a de grands débats sur la question et plein de gens qui ne sont pas d’accord avec moi. Mais vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j’ai de me dire que je peux enfin dialoguer avec des gens, que je peux les identifier, que je peux savoir à quoi ils ressemblent, que je peux savoir dans quelle ville ils vivent, etc. Bref, je sais que dialoguer avec Toto, ça m’intéressait de moins en moins parce que, d’abord, je n’étais jamais sûr que Toto, c’était vraiment Toto, et ensuite, c’était très frustrant d’avoir le sentiment de dialoguer derrière un parc écran. Là, quand vous êtes derrière une page d’écran, vous avez quand même une photo, vous avez un visage et vous vous adressez à une personne. Et ça, pour moi, c’est très précieux. J’ai une anecdote avec l’une de nos habitantes qui nous envoyait des mails d’engueulades, comme ça arrive assez souvent. Un jour, je lui ai répondu en lui disant : « Écoutez madame, vous avez tout à fait le droit, évidemment, de critiquer notre travail et de contester ce que l’on fait, mais je vous demande simplement de faire attention au ton de votre message, parce que derrière votre écran, il y a une personne humaine qui le reçoit, qui a travaillé, qui a peut-être mal fait son travail mais, en tout cas, qui a cru bien le faire, et que l’on doit juste la respecter. » Ce qui m’a le plus surpris, c’est que cette personne m’a répondu en s’excusant pratiquement d’avoir oublié que derrière son écran, il n’y avait effectivement pas une organisation mais un être humain. Et je pense vraiment que les réseaux sociaux nous ont redonné ça ; on peut parler de lien social, de lien humain à travers les réseaux Internet en ligne, à distance. Même si ça fait bizarre de le dire ainsi, c’est vraiment ce que je ressens. Et pour moi, c’est aussi révolutionnaire que le début de l’Internet, et cela nous permet d’avoir une vraie vision de notre communauté.

Cette personne a oublié que derrière son écran, il y avait un être humain !


F.C. : Justement, vous avez ouvert un réseau social en décembre 2008 à Issy-les-Moulineaux… Pourquoi et quels retours sur expériences après six mois ?

E.L. : Ce réseau permet de discuter de tous les sujets qui concernent notre vie de proximité. Donc, c’est d’abord les habitants d’Issy-les-Moulineaux qui peuvent être intéressés. Les autres, je ne vois pas trop ce que cela pourrait leur faire que l’on ait pris le choix d’aménager tel espace vert à tel endroit. Pour dialoguer, il faut être inscrit et identifié. On s’identifie avec son nom, son prénom, sa photo. Même si tous ne le font pas, on conseille fortement de mettre une photographie, un peu dans l’esprit Facebook. Après, on est là pour échanger. Donc, on a cet esprit de dialogue, plutôt que de débat d’ailleurs, autour de sujets. Il y a quand même un parti pris assez clair : il ne s’agit pas d’un forum de discussion, d’un lieu de débat participatif, ni d’un lieu de consultation démocratique. Il s’agit d’un espace de dialogue entre la municipalité et les habitants. Ce sont les élus qui sont en première ligne, et cela, même pour nous, c’est une première parce que auparavant, André Santini était très présent, mais beaucoup moins ses adjoints qui ne disposaient pas d’espace pour ce faire. Aujourd’hui, ce sont eux qui se mettent en avant et qui sont là pour dialoguer avec les habitants, autour de questions qui nous intéressent dans notre vie quotidienne. Ce dialogue se fait à partir d’articles que l’on publie dans le journal local gratuit ; on sélectionne deux articles par mois, et c’est à partir de là qu’on engage la discussion. L’idée est là.

F.C. : Vérifiez-vous les identités ?

E.L. : Non, on ne vérifie pas les identités. Cela se verrait, et puis si on arrivait à des problèmes pénaux, on vérifierait évidemment. On n’en a quand même pas une si grande quantité. En discutant sur Internet, ce que l’on veut, c’est simplement sensibiliser les gens et leur dire que l’on peut avoir des débats, n’être pas d’accord sur des sujets mais que l’on peut le faire à visage découvert. Moi, j’ai toujours trouvé assez étrange cette culture d’Internet pour le goût de l’anonymat. C’est quand même le seul espace où l’anonymat a rang de noblesse, alors que, dans la vie quotidienne, quand on est anonyme, c’est plutôt synonyme de corbeau que d’expression ! Si l’on veut s’exprimer anonymement et faire un choix politique anonymement, l’isoloir est là pour cela. Là, on est quand même dans un espace de discussion, de débat, je pense qu’on peut le faire à visage découvert. C’est ce qu’il se passe dans les réunions publiques, et dans tous les autres pans de la vie quotidienne, à part Internet. Mais c’est un parti pris nouveau qui n’est pas facile. En effet, aujourd’hui, on se rend compte que, comme dans tous les autres sites, il y a seulement 10 % de gens qui s’expriment par rapport à ceux qui viennent lire. On aimerait beaucoup que tout le monde prenne la parole, d’autant plus que ce ne sont pas que des sujets compliqués sur l’aménagement à Issy-les-Moulineaux ! Le dialogue peut porter aussi sur le 14 Juillet, savoir comment les gens l’ont vécu dans leur ville, comment ça s’est passé, où ils sont allés. Parler de situations beaucoup plus légères. Voilà un point intéressant à noter : à la demande des premiers inscrits, on a déconnecté notre réseau   »iFolio » de Google. Et c’est intéressant parce que cela veut dire que les gens ont craint que leurs propos, justement parce qu’ils étaient identifiés, puissent être vus par d’autres.

F.C. : Peut-on dire, au niveau mondial comme européen, que la France est en avance ou en retard sur le web 2.0 ?

E.L. : La France n’est certainement pas en retard sur le web 2.0. Elle n’est déjà pas en retard sur les blogueurs, parce qu’on a l’une des blogosphères les plus actives du monde, avec les Américains et un ensemble d’autres pays. On a toujours été bavards (rires), je crois que c’est lié aux Français. On a toujours été un peu « intellos ». Descartes et Pascal peuvent dormir tranquille dans leur tombe parce qu’ils ont formé des générations de gens qui raisonnent. Et puis surtout, on a toujours été « grande gueule », donc c’est quand même un espace extraordinaire pour l’ouvrir et pour faire part de sa vérité, de son opinion. Entre une grande tradition française et des pensées plus philosophiques, il y avait un immense espace sur les blogs qui a été occupé par les Français, qui s’en sortent très bien là-dessus. Et les autres ressources prennent la même tournure. Je crois qu’on doit être maintenant à 15-20 % d’internautes français qui ont leur profil sur Facebook. Twitter, c’est en train de prendre tout doucement, c’est encore un peu le départ, je suis en phase d’observation. À Issy-les-Moulineaux, on investit les outils numériques assez tôt en général, mais toujours avec une phase d’observation. Je n’investis pas en me disant « c’est génial » – à part Facebook parce que je crois que, rapidement, je me suis pris d’intérêt pour ce réseau social. Mais Twitter, c’est très intéressant de voir par exemple que les ados ne l’approchent pas ; alors que sur Facebook, c’est le contraire. Sur le groupe d’Issy-les-Moulineaux, on a 80 % des gens inscrits qui ont moins de 25 ans. C’est la première fois que j’ai pu toucher autant de jeunes sur leur territoire.

C’est la première fois que j’ai pu toucher autant de jeunes sur le territoire

F.C. : Est-ce la ville qui gère cette page Facebook ?

E.L. : Oui, car même si ce sont principalement des jeunes, cela doit rester une source d’information officielle. Alors, simplement, j’essaye de ne pas trop les « gaver » d’informations institutionnelles (rires). J’essaye de leur donner plutôt de l’information pratique, sur les vidéos, sur l’actualité musicale, sur l’actualité loisirs, etc. J’évite de trop les embêter avec les décisions du conseil (rires). Je suis extrêmement prudent parce que la particularité des jeunes, c’est qu’ils peuvent déserter aussi vite qu’ils sont arrivés. On a un groupe depuis maintenant une petite année, qui atteint environ 1 700 membres aujourd’hui. Ce n’est pas mal pour une ville, et ça continue à prendre. On essaye de le faire vivre. Par exemple, lorsqu’il y a eu le concert de M6, on a lancé un concours quasiment exclusif via Facebook pour avoir des « pass » en backstage, avec un petit concours et puis aussi un podcast. Pour les intéresser, là on va enregistrer à Issy-les-Moulineaux, les auditions d’ »Incroyables Talents », l’émission qui a révélé Susan Boyle en Angleterre. Là pareil, on va essayer de mobiliser via Facebook pour qu’ils y aillent parce que c’est gratuit. Pour le dircom, on est dans un temps extraordinaire parce qu’on est face à des canaux de communication qui se multiplient, à une gamme qui se diversifie, à une « communautarisation » de plus en plus marquée de la population. Et là, le territoire des jeunes, c’est Facebook. Franchement, en tant que dircom, je crois que c’est la première fois que je sens que j’arrive à les toucher. C’est très intéressant. On pourrait aussi avoir un débat sur la multiplication des canaux, qui dit multiplication des pages : la même information, il faut qu’on la découpe en autant de canaux disponibles avec des tons différents. Il n’est pas question de garder le même titre, par exemple ; parfois, je me vois revoir des titres ou des accroches en fonction du canal qu’on utilise, donc on a plus de travail. Pour faire simple, on n’a pas encore le « truc miracle » où une information pourrait être transformée en « x » canaux… Ou réduite en 140 caractères.

On n’a pas encore le « truc miracle » où une information pourrait être transformée en 140 caractères

F.C. : Twitter, c’est quoi pour vous ? De la veille ? Un nouveau futur canal de la ville d’Issy-les-Moulineaux ?

E.L. : Notre compte Twitter s’appelle «  Issy-les-Moules » (rires). D’abord, parce que c’est plutôt drôle, ensuite, parce qu’on se le dit déjà entre habitants. Et puis, de toute façon, c’est tout simple, il n’y avait pas la place parce que le titre était trop long, et « Issy », c’était trop court. Je ne voulais pas faire « Issy 92″ ou je ne sais quoi. Avec un tel nom de compte Twitter, je trouvais que cela correspondait bien. Mais cela ne marche pas très bien, on doit avoir vingt-cinq suiveurs (« followers »), je ne sais même pas d’où ils viennent et ce ne sont pas forcément des gens de la ville. Mais on est vraiment au tout début là. Je le ressens comme ça maintenant, mais cela n’est pas grave. Regardez Second Life : cela fait maintenant presque deux ans qu’on est sur Second Life et plus personne n’en parle, les médias l’ont complètement déserté. Et pourtant, le nombre de visiteurs continue à monter, ça continue à vivre.

F.C. : L’expérience Second Life n’est pas un peu « has been » aujourd’hui ?

E.L. : Je n’ai jamais accroché personnellement avec Second Life… Peut-être à cause de son univers trop fermé. Je ne sais pas comment décrire cela. Quand je dis que « je vis en ligne », ça veut dire que je suis connecté tout le temps et que je pourrais afficher des informations partout. Il me faut ça et je n’aime pas l’idée de rentrer dans un univers qui me coupe, du coup, de tout le reste. Enfin, je n’ai peut-être tout simplement jamais accroché parce que je ne veux pas y croire. Mais quand je vois les statistiques, je vois bien que des gens y vont, donc ce n’est franchement pas mal.

L’éducation nationale devrait apprendre aux jeunes à faire la part d’esprit critique sur le web

F.C. : Pour vous, comment s’organise la démocratie en ligne ? Y a-t-il des outils à privilégier plus que d’autres ou faut-il tout mettre en commun ?

E.L. : Simplement, c’est l’écosystème électronique. Je dis toujours que le premier outil de démocratie électronique, c’est l’e-mail. C’est simplement le fait qu’à tout moment de votre journée, voire de votre nuit, vous pouvez envoyer un e-mail au maire en disant «  telle chose, ça va pas » ou « j’ai eu telle idée ». Avant, il fallait que vous preniez votre feuille de papier, que vous écriviez votre lettre, que vous la timbriez, que vous la postiez, etc. Il y avait tout un process, alors qu’aujourd’hui, c’est plus spontané. Donc c’est ça le premier outil de démocratie électronique. Après, le deuxième outil de démocratie électronique, c’est l’accès à toute l’information publique qui est aujourd’hui disponible et qui était inimaginable il y a quinze ans. Aujourd’hui, quand vous vous posez des questions, vous arrivez à trouver des textes de référence. Même nous dans notre travail, on trouve facilement des textes de référence juridiques, alors qu’avant, c’était la croix et la bannière pour trouver. L’accès à cette connaissance-là, à cette information-là, va démultiplier la capacité de raisonnement des publics. C’est logique, même s’il faudra toujours les accompagner parce qu’il faut aussi faire le tri. Je pense qu’il faut pousser la réflexion que l’on a sur ces sujets. Par exemple, étant dans l’éducation, je me dis toujours que l’éducation nationale a un rôle fondamental qu’elle ne fait pas aujourd’hui : elle devrait apprendre aux jeunes à faire la part d’esprit critique sur le web, à faire le tri des informations à vérifier, des informations erronées, etc. Et ça, c’est très important. En parlant de Twitter, j’ai un site que je ne citerai pas parce que je ne veux pas les mettre en difficulté, mais qui publie des informations qui sont parfois à la limite de la déontologie. Je me rappelle notamment très bien lors des élections européennes, le soir des résultats, avoir vu publier une information avec « telle information, on vérifie ». C’est-à-dire qu’ils ont balancé l’information avant même vérification, en disant « on va la vérifier ». Simplement, je ne me souviens pas du tout avoir, par la suite, vu « on a vérifié l’information ». Qu’elle soit bonne ou fausse, l’information est passée. Donc, il faut que l’on développe un esprit critique et que l’on raisonne en se disant « attention, il faut filtrer ». Il faut que l’on soit maintenant en capacité de filtrer l’information, ce qui était avant le rôle des journalistes. Sinon, on va à la catastrophe.

Propos recueillis par Franck Confino

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