Cap’Com Net : plein feux sur le web citoyen

26 avril 2012 dans Actualités par Joeffrey

Les 4e rencontres nationales sur la communication et les technologies nouvelles se sont tenues les 5 et 6 avril à Rennes. Elles réunissaient des intervenants de tous horizons, pour réfléchir et débattre autour d’une thématique commune : le web citoyen. Retour pluri-médias sur le Cap’Com Net 2012.

C’est à Rennes, fer de lance des politiques web novatrices, que Cap’Com Net saison 4 a été organisé. 300 professionnels étaient réunis sur deux jours pour répondre à une seule question : « citoyens connectés, citoyens contrôlés : quelle opinion publique se construit avec Internet ? »

Chercheurs en communication, directeurs d’agence, blogueurs ou même hackers ont mis en perspective leurs regards sur la construction d’un web citoyen au travers de conférences et d »ateliers participatifs. Deux jours d’échanges sur les nouveaux enjeux du numérique et un showroom pour découvrir les technologies innovantes.

La première matinée, animée par Franck Confino, directeur de l’agence Adverbia, débute avec l’intervention de Philippe Aigrain. Le fondateur de la Quadrature du Net approche la notion de neutralité du web. Un concept bien difficile à définir, qui nécessite d’étudier l’existence des discriminations sur la toile. Elles sont le plus souvent imposées implicitement par les algorithmes des moteurs de recherche, qui ne proposent que des résultats agrégés selon leurs calculs, ou par les politiques numériques de certains pays qui pratiquent une censure discrète mais bien effective. C’est le cas de la Chine ou de la Corée du Nord, par exemple.

D’autres questions sont soulevées durant cette conférence : les discriminations liées à la bride de l’accès aux données par les fournisseurs commerciaux sur les smartphones ou encore les difficultés de navigation sur le web pour les non-voyants sont aussi évoquées.

« Internet permettrait un retour à une démocratie directe. L »instauration de ces nouveaux rapports entre habitants et collectivités serait bénéfique pour la participation citoyenne« 

Comment parler de web citoyen sans aborder le développement de l’e-démocratie sur la toile ?

Internet permettrait, selon Stéphanie Wojcik, Maître de conférences en sciences de l »information et de la communication, un retour à une démocratie directe. L’interface numérique aurait remplacé les démarches administratives fastidieuses pour connecter élus et citoyens. L’instauration de ces nouveaux rapports entre habitants et collectivités serait bénéfique pour la participation citoyenne. Encore convient-il de qualifier ces nouvelles interactions et de caractériser les formes d’opinions en ligne…

La toile rassemble donc des outils développant la parole citoyenne (blogs, plateformes de débat en ligne, réseaux sociaux, etc.) et l’on voit émerger une opinion publique critique et vigilante à l’égard de ses représentants. Ce constat conduit à s’interroger sur la puissance de cette opinion publique, sur son rapport à la politique ou encore son accès à l’information.

D’ailleurs, qui dit élus, citoyens et démocratie directe, dit politique… surtout à l’orée des présidentielles. La 1ère journée de Cap’Com Net se poursuit donc avec une troisième conférence associant web et campagne électorale.

« Le web est un espace de convergence des dynamiques communes… un lieu de travail collaboratif, de concertation et de débats« 

Benoît Thieulin, Directeur associé et Consultant chez la Netscouade, explique pour commencer, le rôle stratégique des réseaux sociaux dans la campagne d’Obama. Des problématiques plus actuelles autour des révolutions arabes et le rôle des médias 2.0, sur les campagnes présidentielles numériques françaises, les nouvelles campagnes transmédias sont évoquées. Sont examinées également, les mutations de l’espace et du débat public à travers les changements de la communication publique.

Le web est un espace de convergence des dynamiques communes, un lieu de travail collaboratif et de coworking, un espace de réunion publique, de concertation et de débats. Il favorise la cohésion sociale et l’émergence de projets communs. Mais les récents projets de lois SOPA (Stop Online Piracy) et PIPA (Protect IP-Act) ont participé à donner au web une toute autre dimension jusque là encore méconnue : l’ère de la cyberguerre.

« Le hacker est surtout un citoyen avec des revendications qui doivent être écoutées…« 

La matinée se poursuit par une table-ronde et l’échange de points de vue très différents.

Loin des attaques symboliques des pirates masqués d’Anonymous, la cyberguerre est apparue depuis 2007. Le « hacker » est souvent diabolisé à travers les stéréotypes des « geeks en colère contre la société ». Mais il est surtout un citoyen avec des revendications qui doivent être écoutées si l’on en croit KhéOps, hacker membre de Télécomix et activiste sur le terrain de l’Internet syrien, pour lequel il trouva des moyens de contourner la censure de l’État. Certains actes de piraterie consistent à mettre en place des systèmes de contournement et d’anonymisation pour que les individus puissent se connecter online casinos en cas de censure et ainsi contourner les politiques publiques en matière de numérique. KhéOps témoigne : « si le gouvernement a accès aux adresses IP et aux données personnelles, il existe des logiciels libres comme Tor pour s’affranchir de ces chaînes électroniques. »

Par ailleurs, les nouvelles techniques de stockage informatique, comme le cloud computing, amènent de nouveaux risques liés à la protection des données. Les collectivités doivent donc apprendre à protéger leurs données stockées dans « le nuage ». Le défi est désormais d’apprendre à se prémunir contre ces actes malveillants. Mais le cloud computing offre également une transparence accrue des données étatiques ou des organismes privés, et peut, s’il n’est pas encadré, se transformer en outil d’inspection pour statuer sur la légalité des données des organisations.

Selon Jean-Christophe Guisnel, présent à cet atelier et journaliste spécialiste des questions militaires et de renseignement, l »infoguerre est donc déclarée. L’acquisition de renseignements stratégiques et l »utilisation des réseaux pour la surveillance des citoyens caractérisent l’émergence de ce conflit de l’information 2.0. Comme le souligne Jean-Christophe Gallien, docteur en Sciences Politiques, ce n’est pas la surveillance mais le renforcement de la démocratie qui doit passer par la révolution digitale qui est en marche. Cette révolution est le moteur de changements et de progrès de la démocratie, mais elle pose également de nombreuses entraves à son épanouissement.

« La démocratisation de l’open data implique également de rendre ces données compréhensibles par les citoyens« 

Tout l’après-midi du jeudi a été consacré aux outils innovants qui construiront la communication publique de demain. Formations et ateliers participatifs (Labfab, Twitter pour les nuls, démonstration de contrôle cerveau-ordinateur), table numérique et autres technologies de demain sont exposés dans le showroom. Retour en photos.

Mais comment parler des nouveaux usages numériques sans aborder la libéralisation des données publiques par les collectivités ? Le sujet est brûlant sur la toile et méritait un atelier dédié durant la seconde journée.

« La cantine numérique » a d’ailleurs réalisé un billet à ce sujet, faisant état des grands concepts abordés par les intervenants lors des deux ateliers consacrés à l’Open Data le vendredi matin.

La démocratisation de l’open data implique également de rendre ces données compréhensibles par les citoyens. Dans cette perspective, l’atelier sur la data visualisation fut tout à fait pertinent.

Pour continuer cette seconde journée, Franck Hashas de l »agence Bloxx et Ludovic Bajard de l »agence Human to Human, ont traité, dans le cadre de leurs interventions, les notions d »influence et d »e-réputation. Il est aujourd »hui indispensable pour une collectivité de déployer des outils de veille pour tenter de mesurer sa popularité sur le web. Et popularité rime désormais avec viralité. Que ce soit le nouvel algorithme Panda, pour le moteur de recherche Google, ou celui de Facebook c »est la reprise du contenu par les utilisateurs qui importe plus que ça publication.

La matinée du vendredi se poursuit avec l’intervention de Franck. Il est accompagné par Marc Cervennansky, chef de projet web de la Communauté Urbaine de Bordeaux et Didier Chauvin, maître de Conférences en Sciences de l’Information – Communication, pour débattre des enjeux de la réorganisation interne des collectivités. Le but est de mieux assurer la gouvernance des outils numériques publics. Franck propose trois modèles d’organisation. Cette refonte des services en interne autour de ses nouveaux outils est indispensable pour mieux appréhender les rapports entre le citoyen connecté et sa collectivité.


Avec les douze coups de midi, débute la dernière conférence de ces deux jours. Animée par Florence Durand-Tornare, fondatrice et déléguée générale de l »association Villes Internet et  associée du cabinet conseil La suite dans les idées, spécialisé depuis 2002 dans la conception et l »animation de processus participatifs et interactifs au sein de villes, d »associations ou d »entreprises. Dans le cadre de cette intervention, elle accompagne Thierry Vedel, chargé de recherche CNRS, sur les questions de relations entre Internet et politique.

« En 10 ans, Internet est devenu un outil incontournable des stratégies politiques pour la course à la présidentielle« 

La qualité des contenus s »est améliorée, depuis les sites 1.0 jusqu »au réseaux sociaux en passant par la blogosphère. La force de ces plateformes : redessiner certaines formes d »activisme politique. Les pétitions se signent en ligne, les débats se font sur les forums… Le développement de ces outils amène une nouvelle façon de s »informer. Internet est une source d »informations abondante pour les sondages, les articles de fonds et les supports multimédias. Et pourtant, 65% des internautes sont encore réticents à consulter des infos politiques sur la toile. Avant tout c »est l’intérêt des citoyens vis à vis de leurs élus qui doit évoluer. Même si les campagnes politiques sont de plus en plus présentes sur les réseaux sociaux, le développement d »Internet n »as pas fondamentalement changé le rapport entre les citoyens et la politique. Le média le plus plébiscité pour ces informations reste le média du siècle dernier : la télévision.

C »est à Jean De Legge, directeur Général de l »Information et de la Communication, Ville de Rennes et Rennes Métropole que revient le mot de conclusion de ces 4e rencontres Cap »Com » Net.

L »équipe de Cap »Com doit être saluée pour l »organisation et le travail autour de ces deux jours consacrés au numérique. Vivement la 5e édition !

D »ailleurs, cette année, l »évènement Cap »Com Net coïncidait avec la sortie du dernier ouvrage de Dominique Mégard intitulé « La communication publique et territoriale. »

Et pour ceux qui ne jurent que par les 140 caractères de Twitter, retrouvez le résumé des rencontres vues par le petit oiseau bleu ainsi que le podcast d’introduction diffusé en janvier sur le site de Cap’Com.

Le live tweet de l »agence @Adverbia le vendredi matin :

Pour les adeptes d’images, accédez à la photothèque de la cantine numérique.